Des explications générales

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Six idées étant à la base des Expériences Guidées*

Dans les Expériences guidées, une succession de contes courts m’a permis de "monter" différents scénarios possibles, dans lesquels divers problèmes de la vie quotidienne étaient passés en revue. À partir d’une "entrée" plus ou moins irréelle, le lecteur pouvait se déplacer dans des scènes où, de manière allégorique, il se confrontait à ses difficultés. Puis un "nœud" littéraire augmentait la tension générale de la scène, ensuite un dénouement, et enfin une "sortie" ou fin de bon augure. Les idées centrales des expériences guidées étaient les suivantes :

premièrement, comme dans les rêves, des images apparaissent en tant qu’expression allégorisée de tensions profondes; dans la vie quotidienne, il arrive des phénomènes semblables auxquels on ne prête pas grande attention: ce sont les rêveries et les divagations qui, une fois converties en images, portent des charges psychiques accomplissant des fonctions très importantes pour la vie. 

Deuxièmement, les images permettent de mouvoir le corps dans une direction ou dans une autre, mais elles ne sont pas seulement visuelles; il existe des images qui correspondent aux différents sens externes et ce sont elles qui permettent une ouverture de la conscience au monde, en mobilisant le corps. De plus, comme il existe aussi des sens internes, corrélativement se produisent des images dont la charge est lancée vers l’intérieur, et, ce faisant, ces images parviennent à diminuer ou augmenter les tensions de l’intracorps.

Troisièmement, toute la biographie, c’est-à-dire la mémoire d’une personne, agit aussi à travers des images associées aux différentes tensions et climats affectifs, avec lesquels elles ont été "enregistrées".

Quatrièmement, cette biographie agit continuellement en chacun de nous.et bien entendu, à chaque nouvelle perception, nous ne captons pas passivement le monde qui se présente à nous mais, au contraire, les images biographiques agissent comme un "paysage" préalablement constitué. De cette façon, quotidiennement, nous réalisons différentes activités en "couvrant" le monde de nos rêveries, de nos compulsions et de nos aspirations les plus profondes.

Cinquièmement, l’action ou l’inhibition face au monde est étroitement liée au thème de l’image, si bien que les transformations de l'image sont des clés importantes dans les variations de conduite. La transformation des images et le transfert de leurs charges étant possible, il faut en conclure que dans un tel cas des changements de comportement se produiront.

Sixièmement, dans les rêves et dans les rêveries, dans la production artistique et dans les mythes apparaissent des images qui répondent aux tensions vitales et aux "biographies", qu’il s’agisse d’individus ou de peuples. Ces images orientent des comportements, tant individuels que collectifs selon le cas.

*Silo: présentation du livre Mythes racines universels, Argentine, mars 18 1991.


Des explications générales

Les expériences guidées permettent à ceux qui les pratiquent de se réconcilier avec eux-mêmes en dépassant les frustrations et les ressentiments passés, en mettant en ordre les activités présentes, et en donnant un sens de futur qu’éliminent les angoisses, les craintes et la désorientation.

Les expériences guidées sont d’une grande diversité, mais elles tendent toutes à la même chose : mobiliser des pensées concernant des conflits ou des difficultés pour qu’ils puissent être maniés et réorganisés d’une façon positive.

Nous pourrions définir les expériences guidées comme des modèles de méditation dynamique dont le sujet est la vie même de celui qui médite avec l’intention de parvenir aux conflits afin de les surmonter.

Les expériences guidées sont groupées de la façon suivante : réconciliation avec le passée, situation dans le moment actuel, proposition pour l’avenir, sens de la vie. Une telle séquence n’applique pas qu’il faille les réaliser dans cet ordre.

Dans chaque expérience le point et le point à la ligne indique le silence que celui qui la pratique ajustera en fonction de la complexité des images proposées. De même, les astérisques marquant des silences plus prolongés qui vont de quelques secondes a deux minutes maximum pour laisser ainsi aux participants le temps d’élaborer leurs propres noyaux des contenus.

Toute expérience guidée commence par une relaxation externe guidée de deux ou trois minutes dans laquelle il est suggéré de relâcher la tension musculaire du visage et de du tronc sans se préoccuper des membres.

Nous expliquons maintenant, afin que vous la pratiquiez avant de chaque expérience guidée de la pratiquer notre relaxation physique externe.

Expériences de réconciliation avec le passé


 L’enfant                                                                     (écouter l'audio)


Il s’agit de faire ressortir les premiers registres d’injustice, c’est pour cela que la scène se situe à une époque de l’enfance. La sensation d’injustice actuelle à laquelle on se rapporte également est comparée aux premières expériences de ce type afin de trouver une relation qui permette d’intégrer ces contenus apparemment séparés, dans un même système de compréhension. L’objectif est de se libérer des sentiments négatifs qui, par autocompassion, limitent le comportement dans le monde des relations

L’ennemi                                                          (audio)

L’objectif de cette expérience est de parvenir à la réconciliation avec le passé, en particulier avec une personne envers laquelle il reste une séquelle de ressentiment. L’utilité de cette réconciliation est évidente et elle sera bénéfique, non seulement pour notre comportement extérieur mais aussi pour permettre d’intégrer et de surmonter des contenus mentaux et oppressants.

La grande erreur                                                                                                        

Cette expérience a pour objet de retrouver le moment passé qui, normalement, est perçu par toute personne de façon négative. À ce moment -là apparaissent les "coupables" de mes défaites apparentes. Voilà une des sources de mes frustrations, de mes ressentiments, de ma conscience coupable et parfois, de mon autocompassion. Reconsidérer l’apparente "grande erreur" de sa vie et adopter un point de vue nouveau à son égard contribue à donner cohérence et unité à son processus affectif et, en général, existentiel. C’est là un exemple clair de méditation dynamique sur le passé qui propose en outre une formule pratique de réconciliation avec soi-même.

La nostalgie                                                       (audio)

Cette expérience a pour but la réconciliation avec des contenus de relations sentimentales qui, en raison de divers événements, se sont détériorées. La reconstruction de ces événements passés grâce à un point de vue nouveau vise à améliorer la position que l’on a vis-à-vis des personnes de l’autre sexe. Cette expérience, bien travaillée, aide à surmonter de nombreuses frustrations et ressentiments, prédisposant à une attitude constructive dans le présent et à l’avenir. Cette pratique n’est pas profitable aux personnes très jeunes en raison de la faible quantité d’anecdotes qu’elles ont sur le sujet qui suit.

Le couple idéal                                                 (audio)

L’expérience propose une révision des relations affectives qui permette au participant de comprendre comment les recherches, les rencontres, les ruptures et les fantasmes avec les personnes du sexe opposé sont liés à un noyau de couple idéal dont il est difficile de se rendre compte quotidiennement, mais qui sans aucun doute agit et oriente dans des directions déterminées, provoquant parfois des désenchantements terribles lorsque cela ne coïncide pas avec la réalité.

Le ressentiment                                              (audio)

Cette expérience vise l’obtention d’un état de réconciliation avec la personne avec qui je suis négativement lié. Si cet objectif est atteint, la même technique devra servir pour obtenir des réconciliations de moindre importance. Tout ennemi et tout ressentiment intérieur limitent mon présent et obstruent l’avenir. Éclairés par cette idée, les travaux de réconciliation avec le passé acquièrent un rôle de la plus grande importance pour le développement personnel et l’efficacité dans la vie quotidienne.

Le ramoneur (Catharsis)                                 (audio)
Cette pratique a pour but d’obtenir un allègement immédiat des tensions internes motivées par des conflits non résolus, ou directement niés. La négation opère généralement par oubli ou par rationalisation, de sorte que les difficultés restent déplacées sans possibilité d’être resituées au niveau qui leur correspond.


Bibliographie
Luis Ammann, Autolibération. Editions Références, Paris, 2004. ISBN 2-910649-08-3

Silo. Expériences Guidées. 1997, ISBN 2-910649-04-0

Expériences d'emplacement dans le moment actuel

 

II. Emplacement dans le moment actuel

La Protectrice de la vie                               audio

Cette expérience prétend établir une prise de contact avec les problèmes du corps, ainsi qu’une affirmation de celui-ci. Il est connu que la négation d’une zone corporelle par refus de celle-ci, finit par "l’anesthésier", rendant ce point insensible. Il en découle que tout ce qui se rapporte à ce sujet finit par être mentalement dégradé ou déformé imaginairement.

La réconciliation avec son propre corps est une expérience à recommander à toutes les personnes. L’assumer tel qu’il est, constitue le premier pas en avant dans les critères de réalité.

Avancées et reculs                                     audio


Les difficultés dans la réalisation de l’exercice reflètent une certaine désorientation actuelle chez la personne affectée. Les mouvements très rapides montrent la même impulsivité et le même manque de contrôle que dans la vie quotidienne. Les "coupures" dans les séquences coïncident avec les interruptions ou inaccomplissements dans les actions quotidiennes. Le désordre dans les séquences reproduit le désordre dans l’action. Grâce à la maîtrise de cette pratique, on obtient des changements de conduite importants dans les "occupations" quotidiennes.

Le traineau                                               audio


Les problèmes dans les déplacements (dont traite la présente expérience) sont généralement reliés à des difficultés de conduite concernant la connexion de l’individu avec son milieu. Beaucoup de personnes convaincues de leurs empêchements corporels tels que faiblesse, manque de souplesse, manque de grâce, lenteur, etc. reproduisent au cours de cette pratique les mêmes failles.
D’autres personnes qui manifestent des comportements excessivement impétueux, développent généralement dans cette expérience des images incontrôlées, se montrant très impatientes lorsqu’elles essaient d’imprimer à leurs images la vitesse correcte que l’instructeur suggère.

Les nuages                                       écouter l'audio


Dans cette expérience, des éléments sont fournis afin que celui qui la pratique travaille sur des images de liberté, de mouvement, et puisse en même temps, reconnaître des sensations gratifiantes. C’est un travail simple qui permet d’enregistrer le relâchement de tensions mentales et d’observer les problèmes quotidiens à partir d’une perspective ample et calme, en contribuant à leur meilleure solution à partir de cet état.

Le mineur                                       audio


Cette expérience a pour but de mettre en évidence aux yeux du participant la relation qui existe entre les pensées (images dans ce cas) et les tensions viscérales ou internes du corps. Ce travail permet d’obtenir des détentes profondes appropriées. En même temps, il informe de façon dramatique sur les images négatives qui provoquent si fréquemment des affections psychosomatiques. D’autre part, on prétend faire comprendre la réversibilité du phénomène en ce qui concerne les tensions ou les irritations corporelles profondes qui engendrent des images et des états d’âme.

Les déguisements                             audio


Les difficultés dans les transformismes reflètent habituellement les problèmes que l’on a avec soi-même, avec sa propre image et aussi les problèmes dont souffre l’image que l’on a de soi lorsqu’on est confronté à d’autres personnes.
Cette pratique inclut quelques opérations d’expansions et de contractions qui servent au déblocage et à la mobilité de l’image de chacun. Cet exercice tend à améliorer les relations du participant avec les personnes avec lesquelles il est en rapport, lui procurant un plus grand contrôle de l’image de lui-même. De cette façon, on peut travailler les blocages ou les immobilités de sa propre image qui s’expriment fréquemment en tant que timidité, excès de susceptibilité, dérobade, fuite devant une situation, etc.

Expériences de propositions pour l'avenir

 

III. Propositions pour l'avenir

L’action salvatrice                               audio


Cette expérience, profitant de conditions dramatiques, pousse à l’ouverture et à la communication avec les autres personnes. Le thème des "bonnes actions" est introduit pour fixer des idées de solidarité et d’entraide. Si l’on a une certaine connaissance de notre doctrine, on comprendra l’utilité que peut avoir pour la vie de chacun le renforcement d’attitudes qui déracinent l’égoïsme et l’enfermement. D’autre part, ces avantages peuvent être compris et ne pas pousser pour autant à un changement d’attitude dans ce sens. Cette expérience rend le changement possible pourvu, bien entendu, que l’on désire sincèrement marcher dans cette nouvelle direction.

Les faux espoirs                                  audio


Dans cette expérience on prétend résoudre des problèmes d’avenir, dans le sens de l’éclaircissement de projets, laissant de côté les images qui font obstacle à un sens de la réalité approprié.

La montée                                            audio

Les difficultés de l’exercice de montée sont liées à la peur des chutes. Cela peut-être dû à des problèmes physiques. Également à des accidents subis au cours de certaines montées. Mais elles peuvent être le reflet de la situation "instable" que l’on vit dans le moment présent. L’angoisse de ne pas atteindre un objectif et l’anxiété devant un avenir incertain se trouvent confirmés par les problèmes dans les montées. La mobilisation de l’image rend possible l’orientation postérieure de la conduite dans la même direction.

Expériences sur le sens de la vie

 

IV. Expériences sur le sens de la vie

La répétition                                          audio


Dans cette expérience, on prétend faire examiner au participant la direction de sa vie depuis le passé jusqu’au moment actuel, en lui permettant de faire une projection dans un futur qui ne s’écarte pas de la même ligne, à moins de considérer la possibilité d’un nouveau sens. La méditation sur ce point rend possible un changement de direction, même lorsque le nouvel objectif n’est pas résolu. Une méditation de ce type est capable d’entraîner des changements profonds et positifs dans la simple mécanique de la vie menée jusqu’alors.


Le voyage                                              audio


Cette pratique vise à produire ces sensations qui accompagnent généralement les grandes découvertes de la réalité intérieure, telles que celles qui se rapportent à un sens transcendant de la vie. Il ne s’agit donc pas d’un objet ou d’une crainte donnée mais d’une expérience qui permet de reconnaître ou de produire d’importants registres internes.

Le festival                                              audio


Cette expérience a pour objectif d’induire des images inaccoutumées, rapprochant ainsi de nouveaux phénomènes de perception. Cette manière singulière de voir les choses a une utilité lorsqu’elle présente la possibilité d’un nouveau monde et d’un nouveau sens, même face à des faits quotidiens. Les expériences appelées "mystiques" et psychédéliques, qui exercent tellement d’attraction sur les nouvelles générations, ont la force de la perception inhabituelle de la réalité. Cependant, ces positions sont restées limitées dans certains cas à la foi et dans d’autres à l’action destructrice de l’artifice chimique.

La mort (l'agonie)                                              audio

Cette pratique vise le pressentiment de la transcendance en s’appuyant sur des images et des registres que n’importe quelle personne, même sceptique en la matière, peut avoir. Précisément, le non-croyant a ici l’occasion de mobiliser des images et des sentiments qui lui sont inhabituels, rendant plus souple sa mécanique mentale habituelle. Le croyant en revanche, ou bien celui qui a eu des expériences de ce type, peut trouver dans l’exercice, un argument réconfortant.

La mort                                              audio                

Quelques commentaires de l'auteur

Qu'est-ce que les expériences guidées?

On peut considérer cettes expériences guidées de différents points de vue. Le plus superficiel nous présente une série de brefs récits ayant une fin heureuse. Ceux-ci ont le caractère léger des ébauches que l’on réalise pour s’entraîner, en guise de “divertissement”. Vu sous cet angle, il s’agit de simples exercices littéraires. Une autre optique révèle cette œuvre comme une série de pratiques psychologiques exprimées sous forme littéraire.

à propos des pauses.

il s’agit de petits contes tout au long desquels se trouvent des astérisques ; ceux-ci permettent d’arrêter le déroulement de l’épisode pour que le lecteur puisse placer, à ce moment, l’image qui lui paraît adéquate. De cette manière, le développement se poursuit en dynamisant le nouvel élément introduit

Schéma de construction

toutes les expériences se conforment à un même schéma de construction. Premièrement, il y a une entrée en matière et une mise en ambiance générale ; deuxièmement, une augmentation de la tension pour ainsi dire “dramatique” ; troisièmement, la représentation d’une problématique de vie ; quatrièmement, un dénouement qui représente une solution au problème ; cinquièmement, une diminution de la tension générale ; sixièmement, une sortie de l’expérience qui, pour ne pas être abrupte, repasse généralement par certaines étapes du récit.

Attitude suggerée

Nous devons libérer la dynamique de l’image et quitter les rationalisations qui empêchent un développement fluide. Si, de plus, nous pouvons déstabiliser le registre* du corps, la position du corps dans l’espace, nous serons en condition de faire apparaître les questions liées à un moment de la vie du lecteur, y compris à des moments futurs en tant que possibilités d’actions à réaliser.

Sur l'image


Pour nous, l’image est une façon active pour la conscience de se placer (comme structure) dans-le-monde. Elle peut agir sur le corps lui-même, et le corps agit dans-le-monde grâce à l’intentionnalité qui se dirige hors de soi et qui ne répond pas simplement à un pour-soi ou à un en-soi naturel, réflexe et mécanique. L’image agit dans une structure spatio-temporelle et dans une “spatialité” interne que nous appelons justement “espace de représentation”. Les différentes fonctions, complexes, que remplit l’image dépendent, en général, de la position qu’elle assume dans cette spatialité."

 Si vous ne bougez pas les #images, vous êtes #hypnotisé.

#Silo '86

Regardons ce système d'idéation :
La #fixité de l'image, condition de tout système d'#hypnose. S'il n'y a pas de mobilité de l'image, il ne peut y avoir de comparaison et de rapprochement.

La fixité de l'image : ce qu'on dit "l'imagination au pouvoir" et tout ça...

Oui, tout ça, mais ce qui manque ici, c'est la mobilité de l'image. C'est un problème technique, ce n'est pas un problème poétique, déclamatoire. L'imagination au pouvoir..., oui, oui, c'est très poétique.

Oui, le pouvoir de l'imagination, mais voyons : monter l'image, descendre l'image, l'agrandir, la fermer. Voyons...

Imaginez : reculez sur des carreaux noirs et blancs, mettez-vous sur le côté, asseyez-vous sur un canapé, remontez, transformez-vous maintenant.

Faites une courte #ExpérienceGuidée, peu importe, mais déplacez l'image ! Faites ce que vous voulez, mais déplacez l'image. Cette fixité de l'image est ce qui gâche tout.

Il y a beaucoup de travail à faire sur cette question de la mobilité de l'image...

Nous ne parlons pas d'agilité mentale ou de ces virtuosités... Nous parlons d'un problème très précis, qui est la mobilité de l'image, la base de toute possibilité de #flexibilisation de la conscience, et la base de toute #relativisation du stimulus et la base de toute hypnose.

Et une #condition nécessaire à toute #autocritique. De toute comparaison. De toute critique.”
                                                   Silo.

Les trois voies de la conscience humaine

Relax physique externe

                                                         Audio
Nous allons étudier une méthode pour relaxer le corps. Avant de commencer cette pratique, à la base de toutes les autres, il est nécessaire de connaître les points du corps les plus tendus. 
Quels points de votre corps sont tendus, en ce moment ?
Observez votre corps et découvrez ces points tendus. Peut-être le cou ? Peut-être les épaules ? Des muscles de la poitrine ou du ventre ? 
Pour détendre ces points de tension permanente, vous devez avant tout commencer par les observer. 
Observez maintenant votre poitrine, observez votre ventre, observez votre nuque ; observez aussi vos épaules. Là où vous rencontrez des tensions musculaires, n’essayez pas de les détendre, au contraire, augmentez-les. Tendez donc davantage les muscles qui sont tendus : ceux du cou, des épaules, de la poitrine ou du ventre. Commencez donc par augmenter fortement les points de tension que vous rencontrez. Après quelques instants, relâchez subitement la tension que vous avez accentuée. Essayez une fois, deux fois, trois fois. Tendez fortement les points de tension Nous allons étudier une méthode pour relaxer le corps. Avant de commencer cette pratique, à la base de toutes les autres, il est nécessaire de connaître les points du corps les plus tendus. 
Quels points de votre corps sont tendus, en ce moment ?
Observez votre corps et découvrez ces points tendus. Peut-être le cou ? Peut-être les épaules ? Des muscles de la poitrine ou du ventre ? 
Pour détendre ces points de tension permanente, vous devez avant tout commencer par les observer. 
Observez maintenant votre poitrine, observez votre ventre, observez votre nuque ; observez aussi vos épaules. Là où vous rencontrez des tensions musculaires, n’essayez pas de les détendre, au contraire, augmentez-les. Tendez donc davantage les muscles qui sont tendus : ceux du cou, des épaules, de la poitrine ou du ventre. Commencez donc par augmenter fortement les points de tension que vous rencontrez. Après quelques instants, relâchez subitement la tension que vous avez accentuée. Essayez une fois, deux fois, trois fois. Tendez fortement les points de tension pendant un bref moment, puis relâchez-les subitement. 
Vous êtes arrivé ainsi à relâcher les muscles les plus tendus ; vous l’avez appris en faisant l’inverse de ce que vous supposiez, c’est-à-dire en tendant davantage pour ensuite relâcher.
Une fois cette technique maîtrisée, vous allez sentir symétriquement les différentes parties de votre corps.
 Commencez par sentir votre tête, le cuir chevelu, les muscles faciaux, la mâchoire. Ensuite, sentez les deux yeux en même temps, les deux côtés du nez, prêtez attention aux commissures des lèvres, à vos deux joues et descendez mentalement des deux côtés de votre cou ; prêtez attention à vos deux épaules puis, peu à peu, descendez par les bras, les avant-bras et les mains jusqu’à ce que toutes ces parties se trouvent complètement assouplies, bien relâchées.
Revenez à votre tête et réalisez le même exercice, mais, maintenant, descendez par l’avant du corps, par les deux muscles pectoraux, ensuite par l’abdomen. Descendez symétriquement par l’avant comme si vous suiviez deux lignes imaginaires. Vous arrivez au bas ventre. Là où le tronc se termine, tout doit se trouver entièrement relâché.

Reprenez maintenant depuis le début : revenez mentalement à votre tête mais cette fois, commencez à descendre par la nuque. A présent, descendez en suivant deux lignes symétriques qui, partant de la nuque, passent par les épaules, puis par les omoplates. Descendez symétriquement le long du dos, jusqu’aux muscles fessiers ; continuez par les jambes et poursuivez progressivement jusqu’à la pointe des pieds. A la fin de cet exercice, et lorsque vous l’aurez dominé, vous devrez sentir une bonne relaxation musculaire externe

Conférence de Silo sur le livre E.G.

Présentation du livre "Experiences Guidees"
Madrid, Espagne - 3 novembre 1989

Le 2 mai 1916, Ortega présentait Bergson ici, à Madrid, à l’Athénée. A cette occasion, il expliquait que cette société, l’Athénée, était une institution de culture et de culte des idées. En accord avec ce point de vue, nous ne parlerons en ce lieu ni de littérature – comme pourrait le laisser supposer la nature du livre que nous allons présenter – ni des contes et des récits – qui constituent la matière de ce travail – mais plutôt des idées qui sont à l’origine de ces contes et récits.
Bien sûr, cela ne signifie pas que, pour nous, les idées sont absentes de la littérature ; mais en général, c’est l’optique esthétique qui prime.
On examine parfois l’aspect formel de l’œuvre et, bien sûr, son contenu. L’auteur passe en revue son vécu et nous donne un aperçu de sa biographie, de sa sensibilité et de sa perception du monde. Mais dans quelle optique parlerons-nous alors des idées ? Nous en parlerons en considérant que ce texte est l’application pratique d’une théorie de la conscience dans laquelle l’image, en tant que phénomène de représentation, a une place prépondérante. Auparavant, nous devrons préciser certaines choses, surtout pour ceux qui n’ont pas eu entre les mains le livre dont nous parlons aujourd’hui ; mais ceci n’affaiblira évidemment pas la transmission de la théorie, de la structure des idées que nous avons mentionnée.
Voyons donc quelle introduction nous pouvons donner à ce travail.
Ce livre fut rédigé vers 1980, corrigé en 1988 et soumis à votre réflexion depuis quelques jours… Maintenant, je voudrais citer le commentaire du préfacier :
“ Ce livre est divisé en deux parties. La première, intitulée “Narrations”, est un ensemble de treize contes et constitue le corps le plus dense et le plus complexe de cet ouvrage. La seconde, intitulée “Jeux d’images”, se compose de neuf descriptions plus simples (mais également plus agiles) que celles de la première partie.
“ On peut considérer cet ouvrage de différents points de vue. Le plus superficiel nous présente une série de brefs récits ayant une fin heureuse. Ceux-ci ont le caractère léger des ébauches que l’on réalise pour s’entraîner, en guise de “divertissement”. Vu sous cet angle, il s’agit de simples exercices littéraires. Une autre optique révèle cette œuvre comme une série de pratiques psychologiques exprimées sous forme littéraire. Ceci est expliqué plus clairement dans les notes et commentaires insérés à la fin du livre.
“ Nous connaissons toutes sortes de narrations écrites à la première personne. Habituellement, cette “première personne” n’est pas le lecteur mais l’auteur. Dans ce livre, Silo corrige ce manque de courtoisie séculaire et fait en sorte que le climat de chaque conte serve de cadre pour que la scène soit occupée par le lecteur et son imagination. Pour contribuer à ces exercices littéraires, quelques astérisques apparaissent dans les textes ; ils marquent des pauses et aident, mentalement, à l’introduction d’images qui transforment le lecteur passif en acteur et coauteur de chaque description. Cette originalité permet également que quelqu’un lise à voix haute (en marquant les interruptions mentionnées) et que les autres, en l’écoutant, puissent imaginer leur propre “nœud” littéraire. Tout ceci constitue la dynamique même de ces écrits alors que, dans des écrits plus conventionnels, cela détruirait la trame du récit.
“ Généralement, dans toute pièce littéraire, le lecteur ou le spectateur (s’il s’agit de représentations théâtrales, de films ou de télévision) peut plus ou moins s’identifier aux personnages ; cependant, il peut aussi reconnaître des différences, sur le moment ou ultérieurement, entre l’acteur qui se trouve dans l’œuvre et l’observateur qui est “en-dehors” de la production et n’est autre que lui-même. Dans ce livre, c’est le contraire qui se produit : le personnage est l’observateur, le sujet et l’objet des actions et émotions.
“ Que ces Expériences soient ou non à notre goût, force est de reconnaître, pour le moins, que nous sommes en présence d’une initiative littéraire novatrice ce qui, sans aucun doute, n’arrive pas tous les jours. ”
Ainsi se conclut cette note explicative.
Comme nous l’avons dit, il s’agit de petits contes tout au long desquels se trouvent des astérisques ; ceux-ci permettent d’arrêter le déroulement de l’épisode pour que le lecteur puisse placer, à ce moment, l’image qui lui paraît adéquate. De cette manière, le développement se poursuit en dynamisant le nouvel élément introduit. Prenons par exemple le premier récit, intitulé “ L’enfant ”.
“ Je me trouve dans un parc d’attractions. C’est la nuit. Je vois de tous côtés des jeux mécaniques pleins de lumière et de mouvement… Mais il n’y a personne. Cependant, je découvre près de moi un enfant d’une dizaine d’années. Il est de dos. Je m’approche et lorsqu’il se retourne pour me regarder, je me rends compte que c’est moi-même lorsque j’étais enfant. ” Astérisque ! C’est-à-dire interruption pour me permettre de faire (en tant qu’image) ce que suggère le texte. L’histoire se poursuit… “ … Je lui demande ce qu’il fait là et il me dit quelque chose concernant une injustice qu’il a subie. Il se met à pleurer et je le console, lui promettant de l’emmener aux jeux. Mais il insiste sur l’injustice. Alors, pour le comprendre, j’essaie de retrouver l’injustice dont j’ai souffert à cet âge-là. ” Astérisque !
Ainsi nous venons d’expliquer la mécanique de lecture des Expériences guidées. Notons maintenant que toutes les expériences se conforment à un même schéma de construction. Premièrement, il y a une entrée en matière et une mise en ambiance générale ; deuxièmement, une augmentation de la tension pour ainsi dire “dramatique” ; troisièmement, la représentation d’une problématique de vie ; quatrièmement, un dénouement qui représente une solution au problème ; cinquièmement, une diminution de la tension générale ; sixièmement, une sortie de l’expérience qui, pour ne pas être abrupte, repasse généralement par certaines étapes du récit.
Nous devons ajouter quelques remarques relatives à la construction du cadre de la situation (du contexte) dans lequel a lieu l’expérience. Si nous avons besoin de placer le lecteur en un point où il prenne contact avec lui-même, nous devons aussi produire une distorsion de la structure du temps et de l’espace, suivant en cela les enseignements de nos propres rêves. Nous devons libérer la dynamique de l’image et quitter les rationalisations qui empêchent un développement fluide. Si, de plus, nous pouvons déstabiliser le registre* du corps, la position du corps dans l’espace, nous serons en condition de faire apparaître les questions liées à un moment de la vie du lecteur, y compris à des moments futurs en tant que possibilités d’actions à réaliser. Pour illustrer cela, servons-nous de l’expérience intitulée “ L’action salvatrice ”.
“ Nous circulons rapidement sur une grande route. A mes côtés, conduit quelqu’un que je n’ai jamais vu. Sur la banquette arrière, deux femmes et un homme me sont également inconnus. La voiture avance au milieu d’autres véhicules qui roulent imprudemment comme si leurs chauffeurs étaient ivres ou devenus fous. Je ne sais pas vraiment si c’est l’aube ou le crépuscule.
“ Je demande à mon compagnon ce qui se passe. Il me regarde furtivement et répond dans une langue étrange : “Rex voluntas !”
“ J’allume la radio qui me renvoie de fortes décharges et des bruits d’interférences électriques. Cependant, je parviens à entendre une faible voix métallique qui répète de façon monotone : “Rex voluntas… Rex voluntas… Rex voluntas…”
“ Les véhicules ralentissent, tandis que je vois sur le bas-côté de nombreuses voitures renversées parmi lesquelles se propage un incendie. A peine arrêtés, nous abandonnons tous le véhicule et courons vers les champs au milieu d’une marée humaine qui fuit, épouvantée.
“ Je regarde en arrière et vois, dans la fumée et les flammes, beaucoup de malheureux pris dans ce piège mortel. Mais je suis obligé de courir, entraîné, bousculé par la course précipitée du flot humain. Dans ce délire, j’essaie en vain d’atteindre une femme qui protège son enfant : la foule lui marche dessus ; nombre de gens tombent à terre.
“ Tandis que le désordre et la violence se généralisent, je décide de me déplacer selon une ligne légèrement diagonale qui me permet de me séparer de la masse. Je me dirige vers un endroit plus élevé, dont l’ascension oblige les gens affolés à ralentir leur course. Beaucoup, sur le point de défaillir, s’accrochent à mes vêtements et les mettent en lambeaux. Je constate que la densité de gens diminue.
“ Un homme se dégage alors de l’ensemble et court vers moi. Ses vêtements sont en lambeaux et il est couvert de blessures ; cependant, le fait qu’il puisse se sauver me procure une grande joie. En arrivant, il m’agrippe un bras et, en criant comme un fou, me montre quelque chose en contrebas. Je ne comprends pas sa langue, mais je crois qu’il veut que je l’aide à secourir quelqu’un. Je lui dis d’attendre un peu car, pour le moment, c’est impossible… Je sais qu’il ne me comprend pas. Son désespoir me brise. L’homme essaie alors d’y retourner. Je le fais alors tomber à plat ventre. Il reste au sol, gémissant amèrement. Pour ma part, je comprends que j’ai sauvé sa vie, et aussi sa conscience, parce qu’il a essayé de sauver quelqu’un, mais qu’il en a été empêché.
“ Je monte un peu plus haut et arrive dans un champ cultivé. La terre est souple, encore sillonnée de récents passages de tracteur. J’entends au loin des coups de feu et je crois comprendre ce qui se passe. Je m’éloigne rapidement de l’endroit. Quelques instants plus tard, je m’arrête. Tout est silencieux. Je regarde en direction de la ville et y vois briller une lueur sinistre.
“ Je commence à sentir le sol onduler sous mes pieds et un grondement provenant des profondeurs m’avertit de l’imminence d’un tremblement de terre. Peu de temps après, je perds l’équilibre. Pris d’une forte nausée, je reste à terre, recroquevillé sur le côté mais la tête tournée vers le ciel.
“ Le tremblement a cessé. Je vois une lune énorme, comme couverte de sang. Il fait une chaleur insupportable et je respire l’air caustique de l’atmosphère. Je ne sais toujours pas si c’est l’aube ou le crépuscule…
“ Une fois assis, j’entends un grondement croissant. Peu de temps après, le ciel se couvre de centaines d’aéronefs qui, tels de mortels insectes, disparaissent vers un but inconnu.
“ Près de moi se tient un grand chien qui, regardant la lune, se met à hurler à la manière d’un loup. Je l’appelle. L’animal s’approche timidement. Il arrive à côté de moi. Je caresse doucement son pelage hérissé. Je remarque que par moments son corps est secoué de tremblements.
“ Le chien me quitte et s’éloigne. Je me lève et le suis. Nous parcourons ainsi un espace rocailleux jusqu’à parvenir à un ruisseau. Assoiffé, l’animal s’élance et commence à boire l’eau avec avidité, mais l’instant d’après, il recule et tombe. Je m’approche, le touche et constate qu’il est mort.
“ Je sens qu’un nouveau séisme menace de me renverser, mais il passe.
“ Je me retourne et distingue, au loin dans le ciel, quatre formations nuageuses avançant dans un sourd grondement de tonnerre. La première est blanche, la seconde est rouge, la troisième noire et la quatrième jaune. Et ces nuages ressemblent à quatre cavaliers armés chevauchant des montures de tourmente, parcourant les cieux et dévastant toute vie sur terre. Je cours pour essayer d’échapper aux nuages. Je comprends que si la pluie m’atteint, je serai contaminé. Je poursuis ma course, quand soudain, se dresse devant moi une silhouette colossale : un géant me barre le passage. Menaçant, il agite une épée de feu. Je lui crie que je dois avancer parce que les nuages radioactifs s’approchent. Il me répond qu’il est un robot et qu’il a pour mission d’interdire l’accès de cet endroit à toute personne nuisible. Il ajoute qu’il est armé de rayons, m’avertissant ainsi de ne pas m’approcher. Je vois que le colosse se trouve à la frontière entre deux espaces : celui d’où je viens, rocailleux et désolé, et un autre, plein de végétation et de vie. Alors je crie : “Tu dois me laisser passer parce que j’ai accompli une bonne action !”
– Qu’est ce qu’une bonne action ? me demande le robot.
– C’est une action qui construit, qui concourt à la vie.
– Alors, reprend-il, qu’as-tu fait qui soit digne d’intérêt 
– J’ai sauvé un être humain d’une mort certaine et en plus, j’ai sauvé sa conscience.
Immédiatement, le géant s’écarte… à l’instant même où tombent les premières gouttes de pluie… ”
Fin de citation. Dans les notes, on trouve le commentaire suivant : “ La détérioration générale de la situation a été obtenue en faisant ressortir l’imprécision du temps (“Je ne sais pas vraiment si c’est l’aube ou le crépuscule”) ; en confrontant des espaces (“Je vois que le colosse se trouve à la frontière entre deux espaces : celui d’où je viens, rocailleux et désolé, et un autre, plein de végétation et de vie.”) ; en éliminant toute possibilité de connexion avec d’autres personnes ou en introduisant une confusion des langues digne de Babel (“Je demande à mon compagnon ce qui se passe. Il me regarde furtivement et répond dans une langue étrange : Rex voluntas !”) ; enfin, en laissant le protagoniste à la merci de forces incontrôlables (chaleur, tremblements de terre, étranges phénomènes astronomiques, eau contaminée, climat de guerre, géant armé, etc.). Le corps du sujet est déstabilisé plusieurs fois : bousculades, marche sur une terre molle récemment labourée, chute due à un séisme. ”
 Le schéma évoqué précédemment se répète d’une expérience à l’autre, mais on utilise des images différentes et on met l’accent sur le nœud que l’on veut traiter. Par exemple, dans l’expérience intitulée “La grande erreur”, tout tourne autour d’une sorte de malentendu accentué par la confusion des perspectives. Comme il s’agit d’un fait du passé qu’il faut changer, d’un fait de notre vie dont nous voudrions qu’il se soit passé d’une autre façon, nous devons produire des altérations spatio-temporelles qui modifient la perception des phénomènes et finissent par modifier la perspective depuis laquelle nous regardons notre passé. Il est possible qu’on ne puisse plus changer les faits qui se sont produits, mais on peut changer de point de vue sur eux ; et dans ce cas, l’intégration des contenus change considérablement. Continuons avec une partie de ce conte :
“ Je suis debout face à une sorte de Tribunal. La salle, bondée, garde le silence. De tous côtés, je vois des visages sévères. Brisant l’extrême tension accumulée dans l’assistance, le Secrétaire, ajustant ses lunettes, prend un papier et déclare solennellement : “Le Tribunal condamne l’accusé à la peine de mort”. Un brouhaha général éclate immédiatement. Certains applaudissent, d’autres chahutent. Je parviens à voir une femme qui tombe évanouie. Un fonctionnaire parvient finalement à imposer le silence. Le Secrétaire me fixe de son regard trouble pendant qu’il me demande : “Avez-vous quelque chose à dire ?” Je lui réponds que oui. Chacun reprend alors sa place. Aussitôt, je demande un verre d’eau et, après une certaine agitation dans la salle, quelqu’un me l’apporte. Je le porte à mes lèvres et en bois une gorgée. Je termine par un gargarisme sonore et prolongé. Puis, je dis : “Ça y est !” Quelqu’un du Tribunal m’apostrophe sévèrement : “Comment ça, ça y est ?” Je lui réponds que oui, ça y est. De toutes façons, pour le satisfaire, je lui dis que l’eau d’ici est très bonne, qui l’eût cru ? et j’ajoute deux ou trois gentillesses du même style…
“ Le Secrétaire termine la lecture de son papier, qui finit ainsi : “… par conséquent, la sentence sera exécutée aujourd’hui même. L’accusé sera abandonné en plein désert, sans nourriture et sans eau. Surtout sans eau. J’ai dit !” Je lui réplique avec force : “Comment ça, j’ai dit ?” Le Secrétaire, fronçant les sourcils, répète : “Ce que j’ai dit, je l’ai dit !”
“ Peu après, je me retrouve au milieu du désert, voyageant dans un véhicule, escorté par deux pompiers. Nous finissons par nous arrêter et l’un d’eux me dit : “Descendez !” Alors, je descends. Le véhicule fait demi-tour et retourne d’où il vient. Je le vois devenir de plus en plus petit à mesure qu’il s’éloigne entre les dunes. ”
Dans le conte, surviennent ensuite quelques incidents et, finalement, voici ce qui arrive :
“ La tourmente est passée. Le soleil s’est couché. Dans le crépuscule, je vois une demi-sphère blanchâtre, aussi grande qu’un immeuble de plusieurs étages. Je pense qu’il s’agit d’un mirage. Malgré cela, je me redresse et me dirige vers elle. Arrivé tout près, je m’aperçois que la structure est faite d’un matériau lisse, semblable à du plastique miroitant, peut-être gonflé à l’air comprimé.
“ Un homme vêtu en bédouin me reçoit. Nous entrons par un tube tapissé. Une paroi coulisse et simultanément, je reçois une bouffée d’air frais. Nous sommes à l’intérieur de la structure. Je remarque que tout y est inversé. On dirait que le plafond est un plancher plat d’où pendent divers objets : de hautes tables rondes avec les pieds à l’envers ; des jets d’eau qui tombent puis s’incurvent et remontent, et même des formes humaines, assises là-haut. Voyant mon étonnement, le bédouin me tend des lunettes et me dit : “Mettez-les !” A peine lui ai-je obéi que tout redevient normal. Je vois maintenant une grande fontaine qui crache des jets d’eau verticaux, ainsi que des tables et différents objets dont les couleurs et les formes sont agencées de façon exquise.
“ Le Secrétaire s’approche de moi à quatre pattes. Il me dit être en proie à un profond malaise. Je lui explique alors que, puisqu’il voit la réalité à l’envers, il doit retirer ses lunettes. Cela fait, il se redresse en soupirant et me dit : “En effet, maintenant tout est normal, sauf que j’ai la vue courte”. Il ajoute ensuite qu’il me cherchait pour m’expliquer que je ne suis pas la personne que l’on devait juger, que cela avait été une malheureuse confusion. Puis il sort immédiatement par une porte latérale.
“ Ayant fait quelques pas, je rencontre un groupe de personnes assises en cercle sur des coussins. Ce sont de vieilles personnes des deux sexes, ayant des caractéristiques raciales et des tenues différentes. Tous ont de beaux visages. Chaque fois que l’un d’eux ouvre la bouche, des sons jaillissent comme ceux de lointains engrenages de machines géantes ou d’immenses horloges. J’entends également des coups de tonnerre intermittents, des craquements de roches, des éboulements de glace, le rugissement rythmé de volcans, le bref impact de la pluie fine, la sourde agitation des cœurs, le moteur, le muscle, la vie… mais tout cela en harmonie parfaite, comme dans une orchestration magistrale.
“ Le bédouin me tend des écouteurs en me disant : “Mettez-les ! Ce sont des traducteurs.” Je les mets et entends clairement une voix humaine. Je comprends qu’il s’agit de la même symphonie que celle d’un des vieillards, traduite pour mon oreille maladroite. A présent, lorsqu’il ouvre la bouche, j’entends : “… Nous sommes les heures, nous sommes les minutes, nous sommes les secondes… Nous sommes les différentes formes du temps. Comme tu as été l’objet d’une erreur, nous allons t’offrir la possibilité de recommencer ta vie. A quel moment désires-tu la recommencer ? Peut-être dès la naissance, peut-être un instant avant ton premier échec… Réfléchis.” ” Astérisque ! etc. etc.
Nous devons apporter quelques précisions au sujet du type d’images utilisées, parce qu’on peut avoir l’impression que les descriptions contiennent une forte composante visuelle ; or une bonne partie de la population travaille habituellement avec une représentation de type auditif, kinesthésique ou cénesthésique, ou en tout cas mixte. A ce sujet, je voudrais lire quelques paragraphes extraits de l’un de mes derniers livres, Psychologie de l’image :
“ De tous temps, les psychologues ont articulé de longues listes de sensations et de perceptions et, actuellement, depuis la découverte de nouveaux récepteurs nerveux, on a commencé à parler de thermorécepteurs, de barorécepteurs, de détecteurs d’acidité et d’alcalinité interne, etc. Aux sensations correspondant aux sens externes, nous ajouterons celles qui correspondent à des sens diffus telles les sensations kinesthésiques (les mouvements et les positions du corps) et les sensations cénesthésiques (registre général de l’intracorps, de température, de douleur, etc.) qui, même expliquées en termes de sens tactile interne, ne peuvent être simplement réduites à celui-ci.
“ Tout ce qui vient d’être cité sera suffisant pour nos explications, mais nous ne prétendons pas pour autant avoir épuisé le thème des registres qui correspondent aux sens internes et externes et à leurs multiples combinaisons perceptives. Il est donc important d’établir un parallèle entre les représentations et les perceptions génériquement classifiées comme “internes” et “externes”. Il est malheureux que la représentation ait été si fréquemment limitée aux seules images visuelles et que de surcroît, la spatialité ait toujours été rapportée au visuel, alors que les perceptions et les représentations auditives dénotent aussi des sources de stimuli localisées en un certain “lieu”, tout comme les perceptions et les représentations tactiles, olfactives, gustatives et bien sûr, celles qui se réfèrent à la position du corps et aux phénomènes de l’intracorps. Depuis 1943, on a pu observer en laboratoire que certains individus avaient plus d’inclination pour les images non visuelles. Ceci conduira G. Walter à formuler, en 1967, une classification en types imaginatifs. Indépendamment de la pertinence de cette présentation, l’idée que la reconnaissance de son propre corps dans l’espace ou le souvenir d’un objet n’ont souvent pas pour base l’image visuelle, commence à faire son chemin chez les psychologues. On a même commencé à considérer avec plus de sérieux le cas de sujets parfaitement normaux, décrivant leur “cécité” quant à la représentation visuelle. A partir de ces constatations, il ne s’agissait déjà plus de considérer les images visuelles comme le noyau du système de représentation, en jetant les autres formes imaginatives dans la poubelle de la “désintégration eidétique” ou en les abandonnant à la littérature où les idiots et les attardés peuvent dire, comme l’un des personnages de Faulkner dans Le bruit et la fureur : “Je ne pouvais pas le voir, mais mes mains le voyaient, et je pouvais entendre venir la nuit, et mes mains voyaient le soulier, mais je ne pouvais pas le voir moi-même, mais mes mains pouvaient voir le soulier, et j’étais accroupi, et j’écoutais venir la nuit.” ”
Pour reprendre notre étude sur les Expériences guidées, nous pouvons conclure que, bien qu’elles soient présentées avec une prédominance visuelle, toute personne peut adapter son propre système de représentation à ces expériences. Cependant, il en existe aussi dans lesquelles on travaille clairement sur un autre type d’image. C’est le cas de “L’animal”, expérience dont nous allons lire un paragraphe.
“ Je me trouve dans un endroit totalement obscur. En tâtonnant du pied, je sens que le terrain est irrégulier, mi-végétal, mi-rocailleux. Je sais que quelque part il y a un abîme. Je perçois la présence toute proche de cet animal qui a toujours provoqué chez moi cette sensation caractéristique de dégoût et de terreur. Peut-être un animal, peut-être plusieurs, mais il est sûr que quelque chose s’approche irrémédiablement. Un bourdonnement dans mes oreilles, qui se confond parfois avec le souffle d’un vent lointain, contraste avec un silence définitif. Mes yeux grand ouverts ne voient pas, mon cœur s’agite et bien que ma respiration soit fine comme un fil, ma gorge se serre au passage d’un goût amer. Quelque chose s’approche ; mais qu’y-a-t-il derrière moi qui me hérisse et me glace l’échine ? Mes jambes flageolent et si quelque chose m’attrape ou me saute dessus par derrière, je serai totalement sans défense. Je suis immobile… J’attends. ”
Passons à un autre cas qui comporte, celui-là, d’autres types d’images ainsi que des traductions d’un système de représentation à un autre. Nous nous aiderons pour ce faire d’un passage de l’expérience “Le festival”.
“ Couché sur un lit, je crois être dans une chambre d’hôpital. J’entends à peine tomber les gouttes d’un robinet mal fermé. J’essaie de remuer les membres et la tête, mais ils ne répondent pas. Avec un effort, je maintiens les yeux ouverts. Il me semble que quelqu’un a dit à côté de moi que j’étais heureusement hors de danger… que tout est maintenant une question de repos. Inexplicablement, ces paroles confuses m’apportent un grand soulagement. Je sens tout mon corps endormi et lourd, de plus en plus alangui. Le plafond est blanc et lisse, mais chaque goutte que j’entends tomber projette à sa surface comme un trait de lumière. Une goutte, un trait. Puis un autre. Puis beaucoup de lignes. Et plus loin, des ondulations. Le plafond se modifie au rythme de mon cœur. C’est peut-être un effet dû au battement du flux sanguin dans mes artères oculaires. Le rythme dessine le visage d’une jeune personne. ” Et plus loin dans cette même expérience, on dépasse la perception visuelle qui s’inclut dans un système de représentation plus complexe, avec une traduction vers d’autres perceptions et, par conséquent, vers d’autres représentations.
“ Je fixe mon attention sur une fleur, qui est reliée à sa branche par une tige fine à la peau transparente, à l’intérieur de laquelle la couleur verte luisante se fait de plus en plus profonde. Je tends la main, passant doucement un doigt sur la tige lisse et fraîche, interrompue à peine par de minuscules proéminences. Ainsi, en remontant entre les feuilles d’émeraude, j’arrive aux pétales qui s’ouvrent en une explosion multicolore. Des pétales tels des cristaux de cathédrale solennelle, des pétales tels des rubis, comme un feu de bois, dans le foyer, au petit matin… Et dans cette danse de nuances, je sens que la fleur vit comme si elle faisait partie de moi. Et la fleur, agitée par mon contact, libère une goutte de rosée assoupie, à peine retenue sur la dernière feuille. La goutte vibre en ovale puis s’allonge et, déjà dans le vide, s’aplatit pour s’arrondir de nouveau, tombant en un temps infini. Tombant, tombant dans l’espace sans limite… Tombant enfin sur le chapeau d’un champignon, elle roule sur lui comme du lourd mercure, pour glisser jusqu’au bord. Là, dans un spasme de liberté, elle se jette dans une petite flaque où elle soulève une houle tumultueuse qui baigne une île de pierre-marbre… Devant moi, se déroule le festival et je sais que la musique me met en communication avec cette jeune fille qui regarde ses vêtements et avec le jeune homme qui, adossé à un arbre, caresse un chat bleu. Je sais que j’ai vécu ceci auparavant et que j’ai saisi la silhouette rugueuse de l’arbre et les différences de volume des corps… Dans les papillons de velours qui volent autour de moi, je reconnais la tiédeur des lèvres et la fragilité des rêves heureux. ”
Mais dans les expériences, les images ne sont pas placées seulement devant le sujet ou à côté de lui, mais aussi à l’intérieur de lui. Nous pouvons reconnaître que dans certains rêves le dormeur se voit lui-même mis en scène avec les autres objets, c’est-à-dire que son regard est “externe”. Mais parfois, il arrive aussi que le rêveur voie la scène à partir de lui-même, presque comme en état de veille. Son regard devient interne. Dans la représentation quotidienne, maintenant même, nous voyons les choses externes comme “externes”, c’est-à-dire que notre regard est “derrière” une certaine limite cénesthésique tactile donnée par le registre de nos propres yeux, de notre visage et de notre tête. Ainsi, je peux fermer les yeux et représenter ce que je voyais juste avant. Cependant, je le ressens comme “au-dehors” bien que je ne le voie pas au-dehors (comme lors de la perception) mais “à l’intérieur” de mon espace de représentation. De toute façon, mon regard est séparé de l’objet : je le vois en dehors de moi bien que je le représente, pour ainsi dire, “à l’intérieur de ma tête”.
Quand, dans l’expérience “L’enfant”, je me vois moi-même enfant, je vois en réalité l’enfant depuis le registre actuel dans lequel je me reconnais, c’est-à-dire que je vois l’enfant en dehors de moi, depuis mon regard interne actuel. L’enfant (que je suis avant) me parle maintenant d’une injustice qui lui a été faite, et pour savoir de quoi il s’agit, je fais un effort pour me souvenir (moi maintenant, pas l’enfant que je vois) de ce qui m’est arrivé quand j’étais enfant (celui-que-je-suis-avant). Quand je fais cela, mon regard va “à l’intérieur” de moi, dans mon propre souvenir et l’enfant que je vois est en dehors de la direction de mon souvenir. Mais en me rencontrant dans une scène de l’enfance, comment est-ce que je me reconnais véritablement comme moi-même ? Sans doute avec un regard extérieur à moi-même, mais intérieur par rapport à l’extériorité, soit dans ce cas, le regard de l’enfant du parc d’attractions.
Cela soulève des questions intéressantes, mais pour aplanir la difficulté, nous dirons qu’en général nous pouvons parler de représentations posées comme “au dehors” et d’autres posées comme “en dedans”, en nous rappelant que “en dedans” et “au dehors” doivent être considérés simplement depuis la différence donnée par la limite cénesthésico-tactile des yeux, du visage et de la tête. Une fois cela compris, voyons quelques exemples de différences dans l’emplacement des regards et des scènes. Dans l’expérience appelée “Le ramoneur”, il est dit 
“ Un moment après, le ramoneur se lève et se saisit d’un objet allongé, légèrement recourbé. Il se place en face de moi et dit : “Ouvrez la bouche ” Je lui obéis. Ensuite, je sens qu’il y introduit une sorte de longue pince qui m’arrive jusqu’à l’estomac. Cependant, je constate que je peux la supporter… Soudain, il s’écrie : “Je l’ai attrapé !” et il commence à retirer l’objet, petit à petit. Au début, il me semble qu’il m’arrache quelque chose, mais je sens bientôt naître en moi une agitation agréable comme si quelque chose qui était depuis longtemps malignement collé à mes entrailles et à mes poumons était en train de s’en détacher. ” Ici, il est évident que nous travaillons avec des registres cénesthésiques, des images de l’intracorps ; mais quand ce qui est imaginé “dehors” (de même que ce qui est perçu “dehors” dans la vie quotidienne) produit des actions dans l’intracorps, le type de modification de scène et de regard suit la mécanique que nous avons vue dans le récit de l’enfant. Cependant, ce qui a été imaginé comme “dehors” n’est pas, comme l’enfant, considéré visuellement ; ce que je mets dans le “dehors” est plutôt une sorte de registre cénesthésique. Et ce que je sens à l’intérieur de moi ne devient pas, ensuite, extérieur à mon corps ; mais ce qui est senti à l’intérieur de moi devient externe à mon regard (et à un nouveau registre cénesthésique qui s’internalise davantage). Sans ce mécanisme de changement de position et de perspective du regard et de la scène, de nombreux phénomènes de la vie quotidienne seraient impossibles. Comment serait-il possible qu’un objet extérieur produise en moi la répugnance par le seul fait de le regarder ? Comment pourrais-je “sentir” cette horreur pour la coupure subie par la peau de l’autre ? Comment pourrais-je me solidariser avec la douleur humaine et avec la souffrance et le plaisir des autres ?
Examinons un des paragraphes de l’expérience “Le couple idéal” :
“ En marchant dans un espace ouvert destiné à des expositions industrielles, je vois des hangars et des machineries. Il y a de nombreux enfants et des jeux mécaniques de haute technologie qui leur sont destinés. Je m’approche d’un géant construit dans une matière solide. Il est debout. Sa tête est grande, peinte de couleurs vives. Une échelle permet d’atteindre sa bouche. Les enfants l’empruntent jusqu’à l’énorme cavité et, lorsque l’un d’eux y pénètre, celle-ci se referme en douceur. Peu après, l’enfant réapparaît, expulsé par la partie arrière du géant en glissant sur un toboggan qui atterrit dans le sable. L’un après l’autre, ils entrent et sortent, accompagnés par la musique qui émane du géant : “Gargantua avale les enfants ! Soigneusement, sans leur faire de mal, tralala, tralala, soigneusement, sans leur faire de mal !” Je me décide à monter l’échelle et, en entrant dans l’énorme bouche, je rencontre un employé qui me dit : “Les enfants continuent par le toboggan, les adultes par l’ascenseur.” L’homme continue à me donner des explications, tandis que nous descendons par un tube transparent. Au bout d’un moment, je lui dis que nous devons déjà être au niveau du sol. Il m’explique que nous sommes à peine au niveau de l’œsophage car le reste du corps se trouve sous terre, à la différence du géant qui, pour les enfants, est entièrement à la surface. “Oui, il y a deux Gargantua en un seul, me dit-il, celui des enfants et celui des adultes. Nous nous trouvons à plusieurs mètres sous terre… Nous avons déjà passé le diaphragme, de sorte que nous arriverons bientôt à un endroit très sympathique. Regardez, maintenant que la porte de l’ascenseur s’ouvre, l’estomac se présente à vous… Voulez-vous descendre ici ? Comme vous pouvez voir, c’est un restaurant moderne où l’on sert des plats de tous les endroits du monde.” ”
Le thème des images “externes” agissant sur la représentation interne est plus explicite dans l’expérience “Le mineur” . Ainsi : “ Je crie de toutes mes forces et le sol cède en m’entraînant dans son éboulement… Une forte secousse à la taille, et ma chute s’arrête subitement. Je me retrouve suspendu à la corde comme un absurde pendule de glaise. Ma course s’est arrêtée très près d’un sol recouvert de tapis. Je vois maintenant une salle élégante fortement éclairée dans laquelle j’aperçois une sorte de laboratoire ainsi que de gigantesques bibliothèques. Mais l’urgence de la situation me pousse à m’occuper de sortir de là. De la main gauche, j’ajuste la corde tendue et de l’autre, je libère la boucle qui l’attache à ma taille. Après quoi je tombe doucement sur le tapis. “Quelles manières, mon ami… Quelles manières !” dit une voix aiguë. Je me retourne et reste paralysé. Face à moi, se trouve un petit homme d’environ soixante centimètres de haut. Hormis ses oreilles légèrement pointues, il semble très bien proportionné. Il est vêtu de couleurs gaies mais dans le style reconnaissable des mineurs. Je me sens mi-ridicule, mi-désolé lorsqu’il m’offre un cocktail. De toutes façons, je me réconforte en le buvant sans sourciller. Le petit homme joint ses mains et les porte à la bouche en porte-voix. Il émet ensuite le gémissement que je reconnais si bien. A cet instant, monte en moi une très grande indignation. Je lui demande ce que signifie cette plaisanterie et il me répond que, grâce à elle, ma digestion devrait à l’avenir s’améliorer. Le personnage poursuit en expliquant que la corde qui a comprimé la ceinture et l’abdomen lors de la chute a fait un très bon travail, de même que mon parcours sur les coudes dans le tunnel. Pour finir ses étranges commentaires, il me demande si la phrase “vous vous trouvez dans les entrailles de la terre” a quelque signification pour moi. Je réponds que c’est là une manière imagée de dire les choses, mais il réplique que, dans ce cas précis, il s’agit d’une grande vérité. Il ajoute alors : “Vous êtes dans vos propres entrailles. Lorsque quelque chose va mal dans les viscères, les gens s’égarent dans des pensées altérées. A leur tour, les pensées négatives font du tort aux viscères. Donc, dorénavant, vous y veillerez. Si vous ne le faites pas, je me mettrai à marcher et vous sentirez de forts chatouillements et toutes sortes de malaises internes… J’ai quelques collègues qui s’occupent d’autres parties, telles que les poumons, le cœur, etc.” Ceci dit, le petit homme commence à marcher sur les murs et le plafond et je ressens simultanément des tensions dans la zone abdominale, au foie et dans les reins. Ensuite, il m’asperge d’eau avec une lance d’or, m’ôtant soigneusement la boue. A l’instant, je suis sec. Je m’étends sur un grand canapé et commence à me détendre. Le petit homme me passe de façon rythmée un petit balai sur l’abdomen et la taille, ce qui me procure une détente notable de ces zones. Je comprends que lorsque les malaises de mon estomac, de mon foie ou de mes reins s’allègent, mes idées et mes sentiments changent. Je perçois une vibration et remarque que je m’élève. Je suis dans le monte-charge qui remonte à la surface de la terre vers le monde extérieur ”.
Dans cette expérience, le petit homme est un véritable expert de la théorie de l’image cénesthésique. Bien sûr, il ne nous a pas dit comment nous pouvons connecter une image avec l’intracorps et comment agir sur lui.
Précédemment, nous avons vu, avec quelques difficultés, que la perception d’objets externes servait de base à l’élaboration de l’image et que celle-ci permettait de présenter à nouveau ce qui a déjà été présenté aux sens. Nous avons vu que dans la re-présentation il se produisait des variations d’emplacements, de perspectives du “regard” de l’observateur par rapport à une scène donnée et nous nous posions des questions sur la connexion entre ce qui est perçu face à un objet désagréable et nos réactions internes. A propos des sensations de l’intracorps qui nous servent de base pour des représentations elles aussi “internes”, il y a beaucoup de questions auxquelles nous n’avons pas entièrement répondu, si bien que notre développement reste incomplet. Je voudrais cependant ajouter quelques remarques.
Tant que nous considérons l’image comme une simple copie de la perception, tant que nous continuons à croire que la conscience se maintient en général dans une attitude passive face au monde, lui répondant comme un reflet, nous ne pouvons répondre ni aux questions précédentes, ni à d’autres, pourtant fondamentales.
Pour nous, l’image est une façon active pour la conscience de se placer (comme structure) dans-le-monde. Elle peut agir sur le corps lui-même, et le corps agit dans-le-monde grâce à l’intentionnalité qui se dirige hors de soi et qui ne répond pas simplement à un pour-soi ou à un en-soi naturel, réflexe et mécanique. L’image agit dans une structure spatio-temporelle et dans une “spatialité” interne que nous appelons justement “espace de représentation”. Les différentes fonctions, complexes, que remplit l’image dépendent, en général, de la position qu’elle assume dans cette spatialité. La pleine justification de ce que nous affirmons requiert la compréhension de notre théorie de la conscience et, pour cela, nous vous renvoyons à nos travaux sur la Psychologie de l’image. Mais si, à travers ce que notre préfacier appelle des “ divertissements littéraires ”, si, à travers ces contes ou récits, nous avons pu montrer l’application d’une conception très vaste, alors nous n’avons pas failli à notre promesse d’aborder cet écrit, ces Expériences guidées, non d’un point de vue littéraire mais à partir des idées qui donnent lieu à cette expression littéraire.

Je vous remercie de votre attention.